L’ancienne star de Grey’s Anatomy endosse l’impeccable costume trois pièces d’un banquier américain aux premières loges de la crise de la dette européenne de 2011 dans cette série d’OCS qui veut décrypter les codes d’un monde qui échappe encore au grand public. A découvrir ce samedi.
Pour sa deuxième coproduction internationale, OCS n’a pas choisi la facilité en adaptant le roman semi-autobiographique de l’ex trader italien de haut vol Guido Maria Brera. Devils, dont la diffusion démarre vendredi en Italie et samedi en France sur OCS Max, remonte le temps à 2011, lorsqu’éclate la crise de la dette européenne. Pour nous initier aux arcanes arides de la finance, la série oppose un duo de choc: Alessandro Bhorgi, un des acteurs transalpins les plus en vue du moment grâce à la série Netflix Suburra, et la star de Grey’s Anatomy, Patrick Dempsey. Le premier campe Massimo, un petit prodige autodidacte de la bourse de Londres. L’ex Dr Mamour joue son patron et mentor Dominic Morgan, un indéchiffrable banquier américain qui ferait bien du jeune loup son successeur. Mais cette ascension programmée ne va pas tarder à dérailler sur fond de crise géopolitique (tensions au FMI, émergence des révolutions arabes) et désaccords personnels entre le mentor et son élève le plus doué. Très fier de ce rôle caméléon et sphinx, Patrick Dempsey était venu présenter la série à Cannes au MIPCOM en octobre dernier, et nous confiait ce qui l’avait séduit dans ce thriller politico-financier.
On ne vous arrête plus. Après La vérité sur l’affaire Harry Québert, on vous retrouve dans une nouvelle série internationale Devils. Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet risqué sur les arcanes de la finance et de la mondialisation ?
J’ai dévoré le scénario. .Je n’arrivais jamais à savoir où ça allait nous mener. C’était l’opportunité de jouer le type de rôle qui jusqu’à présent m’avait éludé. Aux premiers abords, Dominic Morgan semble incarner un être sans scrupule et âpre aux gains. Mais dans Devils, aucun personnage n’est que bon ou que méchant. Ce sont des moines-guerriers. Chaque protagoniste défend son point de vue, ses convictions. Dominic Morgan croit en ce qu’il fait, pense qu’il maîtrise la situation quitte à être l’agent du chaos. Dans son face-à-face avec Massimo, on hésite parfois à désigner le plus néfaste des deux. Le défi de raconter et de faire comprendre au grand public l’industrie de la finance sans les clichés habituels était très beau à relever. Les films Margin Call ou Le loup de Wall Street se déroulent aux États-Unis mais peu de projets ont exploré la perspective européenne de la crise.
Comment se plonge-t-on dans un univers si complexe ?
Guido Maria Brera était disponible à n’importe quel moment de la journée par courrriel ou texto pour répondre à la moindre question. Il nous a présenté plusieurs de ses connaissances travaillant dans la finance. Ils nous ont aidés à avoir une meilleure compréhension de leur quotidien. J’ai été bluffé par le nombre d’heures qu’ils effectuaient. Etant donné que les marchés ne s’arrêtent jamais, ils passent leur vie au téléphone. Cela ne peut conduire qu’à l’épuisement. Très souvent, ils se fixent un objectif: empocher leurs gains et changer de vie. Pour faire ce métier, il faut être passionné. Nous avons aussi récupéré une liste de définitions de termes techniques. Un conseiller était présent sur le plateau pour nous aider à faire sens de tout cela. Découvrir un monde inconnu, c’est ce que j’aime dans la profession d’acteur. C’est une forme d’éducation, même s’il est effrayant de réaliser à quel point une poignée de gens ont autant de pouvoir. En l’absence de régulation et de contre-pouvoir, la finance supplante les gouvernements.
La série se déroule en 2011. Pourquoi était-ce pertinent de revenir maintenant sur la crise de la dette européenne ?
Devils est l’illustration des dérives de notre système capitaliste poussé à l’extrême. Notre société actuelle n’est pas durable, il n’y a qu’à voir comment elle affecte la planète. Notre vision du capitalisme doit être réévaluée et modérée. Tellement d’importance est accordé au pouvoir et à l’argent. Pourtant, le pouvoir ne devrait pas reposer sur des éléments matériels. Cette exigence de la croissance à tout prix n’est pas réaliste et cela nous doit nous faire réfléchir sur la responsabilité des grosses corporations. Avec des profits aussi gigantesques, elles doivent pouvoir redonner, redistribuer à la communauté. La classe moyenne est en voie de disparition. Soit vous avez tout, soit vous n’avez rien. Nous en sommes au point où ça passe ou ça casse. Nous arrivons au point de rupture.
Pourquoi privilégier les coproductions internationales ?
J’adore travailler en Europe. Ce sont des projets qui me permettent d’étirer ses muscles de comédien, d’arriver sur le qui-vive sur les plateaux. La mise en scène de Devils quasi cinématographique m’a enthousiasmé. Nos réalisateurs ont utilisé une optique quasi anamorphique pour tirer profit de cette reconstitution minérale et vertigineuse des salles de marchés. J’aime aussi beaucoup le recours aux ralentis, pour mieux immortaliser la réactivité instantanée des personnages. source
La série part de la métaphore des grands et des petits poissons, des requins qui se déplacent dans les mers sans odeur. Même la haute finance est un monde sans odeur, "invisible, où de rares personnes qui sont dans l'ombre dirigent le destin de nombreuses personnes, et qui peut être aussi rapide et mortel qu'un requin", explique Patrick Dempsey, qui a évolué dans des comédies romantiques et a explosé dans Grey's Anatomy.
Demain sur Sky Atlantic et Now Tv, le premier des dix épisodes de Devils, tiré du roman du financier Guido Brera, avec les réalisateurs Nick Hurren et Jan Michelini. Conçue en Italie (le partenaire de Sky est Lux Vide), la série a déjà été vendue dans 160 pays, en Europe, en Inde et dans plusieurs pays d'Afrique.
La finance a été racontée par des films américains avec Michael Douglas, Brad Pitt, Leonardo DiCaprio.
Belles femmes, voitures de luxe, drogues... Ici, c’est le côté humain et la perspective européenne, dans une histoire réaliste et originale, dont nous avons conservé les termes techniques.
L'action se déroule...
En 2011, dans le cadre de la reprise après la grande crise économique mondiale des années précédentes. Nous avons des images d'archives. Ça ira jusqu'au discours de Mario Draghi, dans lequel il s'est dit prêt à mettre en œuvre ce qui était nécessaire au milieu de la crise de la dette souveraine qui menaçait la zone euro. Le cœur est une banque d'investissement anglo-américaine. Alessandro Borghi est le self-made man italien ; je suis son mentor, l’asministrateur américain qui a favorisé son ascension, jusqu’à ce qu’il l'arrête brutalement à la veille d'une promotion, après un scandale impliquant son ex-femme et le suicide d'un de nos collègues.
Quelle est la relation entre eux ?
Ils se servent l’un de l’autre, ils se trahissent. Je me sens menacé par ses compétences et son intelligence.
Pouvez-vous définir le monde de la finance en cinq mots ?
Rapide, instable, sans scrupules, vigilant, influent.
Dans quoi investiriez-vous, en pensant à l’après-virus ?
Dans la terre, dans la capacité de revenir à une société moins consumériste. L'ego sera toujours la ruine des hommes, l'ego détruit, toujours.
Qu'est-ce que les personnages ont en commun, au-delà de l'ambition ?
Ils sont tous ambigus, celui de Kasia Smutniak, qui joue mon épouse aristocratique, plus que les autres.
Y a-t-il des bons et des méchants ?
Non, nous avons eu une approche laïque. Je suis une sorte de héros moderne, le Grand Inquisiteur de Dostoïevski qui, dans un moment de vide de pouvoir de la politique, devient le rempart contre le chaos.
Un film anti-finance ?
Non, la finance a occupé la place laissée vacante par la politique. L'actualité de la série est impressionnante. Guido Brera a raison : le système autoritaire chinois a créé le virus, l'Occident avec ses réactions désorganisées a échoué. Guido Brera affirme que les banquiers centraux, qui ne répondent à aucun électorat, ont donné à l'économie le temps de se redresser, au lieu de cela, des politiciens montrent de la peur. C'est le concept que nous avons voulu raconter : le Tchernobyl de la mondialisation.
Une guerre silencieuse avec l'arme de l'argent...
Là où les enjeux sont importants, c'est la vie de millions de personnes.
La finance sera-t-elle une opportunité ou un danger supplémentaire avec la pandémie ?
Je partage la pensée de l'auteur du roman, qui m'a donné une liste de livres à lire : c’est inhabituel de demander des financements pour un côté humain, aujourd'hui c'est devenu un outil politique, la finance a pris un pouvoir qu'elle n'avait pas demandé, il y a sur elle des projecteurs qu’elle ne voulait pas. La finance maintient l'ordre dans un moment de chaos.
Y aura-t-il une deuxième série ?
Ils y travaillent déjà. Tout commencera dans un Milan désert, à l'époque du virus, pour ensuite revenir à Brexit. Nous ne pouvons pas raconter aujourd'hui en détail car nous ne savons pas comment cela va se terminer, mais nous ne pouvions pas ignorer ce qui se passe. source