Peter Travers commence par rappeler que McDreamy est mort et que Patrick revient maintenant avec Bridget Jones’s Baby. Il demande à l’acteur ce qui l’a décidé à accepter le rôle de Jack Qwant. Patrick répond qu’il y a eu la façon dont il a quitté la série et l’état dans lequel ça a laissé le public qui était dévasté, croit-il. Alors, faire le film a été une bonne façon d’aller de l’avant et de donner quelque chose de bien aux fans. Ça tombait aussi au bon moment, compte tenu son programme de courses automobiles. Et bien sûr, il a aimé le scénario. Il a trouvé que certaines scènes étaient géniales. Et le fait d’être un Américain qui arrive dans un film anglais était un challenge.
Qui est son personnage ? Jack Qwant est un milliardaire qui a créé une application de rencontres basée sur un algorithme. Il rencontre Bridget alors qu’elle vient de tomber tête la première dans la boue.
Est-ce qu’à un moment ou à un autre, il a eu l’impression d’être l’outsider du film ? Est-ce que Renee ou Colin lui ont dit ‘Tu ne connais pas le sujet’ ? Jamais ! Beaucoup de temps s’était écoulé depuis le deuxième film et de ce fait, tout le monde était un peu nerveux. Il y a eu la lecture du scénario et ensuite, des répétitions accompagnées de discussions sur ce qui marchait ou pas, et cela lui a donné l’occasion d’écouter ses deux partenaires discuter de leurs personnages. Il a apprécié le fait de refaire un film, d’avoir le temps de poser des questions et d’avoir des réponses.
Était-il un fan de Bridget Jones ? Avait-il vu les deux premiers films ? Il connaissait évidemment le personnage mais il n’avait pas réalisé son impact sur les gens à travers le monde. Il n’y a plus beaucoup de personnages féminins forts dans le cinéma actuel. Il trouve que Renee Zellweger a fait un travail incroyable, notamment dans les scènes drôles et burlesques, tout en réussissant à être émouvante. Il croit que les gens vont vraiment pouvoir s’identifier au personnage de Bridget, qu’ils soient hommes ou femmes. Il revient d’une tournée de promotion à travers le monde et cela lui a permis de constater à quel point les gens aiment Bridget, ce qui est tout à fait compréhensible.
Peter Travers fait référence à Can’t Buy Me Love. Il trouve que, déjà à l’époque, Patrick avait une affinité naturelle avec la comédie. Patrick attribue cela au fait qu’il a fait partie, dès l’âge de 15 ans, d’une troupe de vaudeville. Il a travaillé dans un cirque aussi et il a jonglé. Tout cela lui a donné un certain rythme et le sens de la comédie. Peter Travers apprécie le fait qu’il soit jongleur et aussi ventriloque. Patrick avoue qu’il ne pratique plus guère la ventriloquie. Par contre, il jongle encore mais plus aussi souvent qu’avant. Cela a été sa planche de salut, quand il était jeune, parce que ça ne s’est jamais vraiment bien passé à l’école. Il faisait des spectacles le week-end. Avant cela, il avait participé à des courses de ski (il croit que c’est pour ça qu’il aime autant les courses de voiture, à cause de la vitesse) Il voulait être champion olympique. Il avait vu dans un reportage sur Ingmar Stenmark, qui était le plus grand champion de ski de l’époque, que ce dernier roulait en monocycle pour améliorer son sens de l’équilibre. Patrick a fait la même chose et c’est ce qui l’a amené à faire du vaudeville.
Can’t Buy Me Love est son premier succès au cinéma. Avant cela, il avait eu la chance d’être engagé par Harvey Fierstein pour jouer Torch Song Trilogy au théâtre et y reprendre le rôle de Johnny Cryer. Il a fait la tournée après. Plusieurs acteurs ont été révélés avec cette pièce, Fisher Stevens, Matthew Broderick, Johnny Cryer et lui-même, et ensuite ils ont joué la pièce Brighton Beach Memoirs avant de faire des séries.
Est-ce qu’il envisage de revenir au théâtre ? Il y a quelques mois, Kevin Spacey lui a posé la même question. Il lui a répondu qu’il n’en savait rien. Mais quand il était à Londres, il a emmené ses fils voir la pièce Matilda et c’est la première fois qu’il a ressenti l’envie de refaire du théâtre. S’il le fait, ce sera sûrement à Londres. Mais avant cela, il devra beaucoup travailler, notamment au niveau de sa voix.
C’est quelque chose qu’il n’aurait pas pu envisager de faire en étant dans Grey’s Anatomy. Une série avec des épisodes d’une heure, c’est dix mois par an, pour 24 ou 25 épisodes. Les heures de travail sont longues. Quand il s’agit d’une série avec un ensemble d’acteurs, on a du temps de libre bien sûr mais on n’a pas envie de l’utiliser pour faire autre chose en plus. On a besoin de faire une pause, de faire le vide, et pour lui, c’était la compétition automobile qui lui permettait ça. Ce n’est pas possible non plus de faire un film parce qu’on n’a pas le temps de faire bien les choses. On n’a pas le temps de s’y impliquer vraiment et d’apprécier.
Il a parlé auparavant de sa dyslexie. A quel âge l’a-t-il su ? Assez tard, quand il est entré au collègue, quand le mal était déjà fait. Il en ressent encore les effets aujourd’hui. Les séances de lecture commune d’un scénario sont très pénibles parce qu’il doit arriver à gérer ses émotions et à se calmer pour se concentrer uniquement sur la lecture, sans modulation or quoi que ce soit d’autre, afin de s’en sortir. Pour réussir à lire quelque chose, il doit s’y prendre à deux ou trois fois. Il y a eu une période de dix ans durant laquelle passer des auditions a été un vrai supplice parce qu’il devait mémoriser toutes les scènes. Cela a été un vrai challenge de surmonter ce handicap. C’est sans doute pour cela qu’il apprécie particulièrement les scènes où il peut exprimer ce qu’il ressent par des attitudes plutôt que par des mots. Il dit toujours aux scénaristes que si tout est dit dans les dialogues, il n’a plus rien à jouer, plus rien à ressentir. Il n’y a plus d’espace pour la créativité. Cependant, les choses se sont améliorées pour lui, concernant ses difficultés liées à la dyslexie, grâce notamment à la technologie. L’ironie, c’est que maintenant tout le monde s’envoie des texto. Il travaille là-dessus aussi.
Il a travaillé avec quelqu’un qui est fan de technologie, Michael Bay, sur Transformers 3. Ça a été une super opportunité de jouer un méchant, chose qu’il n’a pas souvent eu l’occasion de faire parce que sa carrière s’est bâtie sur des archétypes bien spécifiques, à savoir le prince charmant ou le héros romantique. C’est un aspect de sa nature mais il y a bien d’autres choses à explorer en lui. C’est pourquoi il espère trouver le bon sujet et le bon scénariste pour avoir cette opportunité. Il faut provoquer les choses et créer ses propres sujets. C’est ce qu’il est en train de faire. L’année entière, entre la compétition automobile et son départ de la série, il a commencé à développer une douzaine de projets. Il trouve cela très satisfaisant parce qu’il sait ce qu’il veut faire en fonction de sa sensibilité et qu’il n’a pas encore accompli certaines choses en tant qu’acteur.
Quand on le voit, on se dit qu’il embellit avec l’âge. Il en attribue tout le mérite à la discipline qu’il s’est imposée pour la compétition automobile et qui l’a énormément aidé à plusieurs niveaux. Travailler avec Porsche l’a obligé à se concentrer sur l’équipe et sur les objectifs à atteindre, et sur ce qu’il faut faire pour les atteindre. Il n’y a pas d’ego, c’est un collectif. On se concentre vraiment sur qu’est ce qui est bon pour l’équipe. On se base sur le principe "on perd ensemble ou on gagne ensemble". Il a été transformé par cette mentalité, cette expérience et la foi que les gens de Porsche ont eue en lui en lui faisant faire le WEC, qui est à un haut niveau de la compétition sur route, et le soutien qu’ils lui ont apporté dans les films qu’il a faits sur le côté. Maintenant, il doit utiliser cette expérience et ce sentiment dans sa carrière d’acteur et de producteur. Peter Travers lui fait remarquer que les gens qui ne s’intéressent pas aux courses automobiles pensent qu’il ne s’agit que d’adrénaline et d’exaltation. Mais il suppose qu’il s’agit surtout de contrôle. Patrick lui donne raison, il faut contrôler ses émotions. Il faut en arriver à un stade où on a des émotions, comme une certaine agressivité, mais surtout ne pas en perdre le contrôle parce que les répercussions peuvent être catastrophiques.
Que se passe-t-il quand on fait ces films comme il en a fait et qui sont en gros des comédies ? Cela dépend s’ils marchent bien. Si c’est le cas, ils donnent la possibilité de faire des films qu’on n’aurait pas la chance de faire normalement, parce qu’on est considéré comme étant bankable. Alors, on peut jouer cette carte qui permettra avec de la chance de se diversifier un peu, en théorie.
Qu’est ce qui lui a permis de se diversifier, d’évoluer ? Grey’s Anatomy a été super pour lui. Ça donne la discipline d’un travail quotidien où peu importe ce qu’on reçoit, on le fait avec honnêteté. Cependant, il ne pense pas avoir déjà eu dans sa carrière d’acteur, des challenges aussi durs que ceux qu’il a eus en tant que pilote.
Quand on fait une série comme Grey’s Anatomy, l’expérience est extraordinairement puissante en matière d’image, à cause de la façon dont le public vous voit. Il est resté dans la série pendant 11 saisons. Maintenant, ça continue sans lui. Est-ce qu’il regarde encore Grey’s ? Pour être honnête, il n’aime pas se voir. Il aime jouer la comédie, faire des séries ou des films mais pas se voir. Mais maintenant qu’il n’est plus dans la série ? Non. Il ne la regardait déjà pas quand il était dedans. Il a regardé les deux premières saisons mais après, il a arrêté. Peter Travers suppose donc qu’il ne sait rien de ce qui se passe maintenant. Patrick sourit. Il respecte le fait que la série soit chérie par tant de personnes. Maintenant, grâce à la technologie, la série est redécouverte par le public. On peut faire des marathons et regarder plusieurs saisons l’une à la suite de l’autre.
A un moment, son travail dans Grey’s Anatomy est devenu plus qu’une performance d’acteur et il est devenu McDreamy. Peter Travers suppose que ça lui colle à la peau et que les gens continuent à l’appeler comme ça. Constamment répond Patrick. Ça ne disparaitra pas, c’est un fait. Mais c’est flatteur et il en est reconnaissant. C’est mieux que d’être ignoré. Ça a été une incroyable plateforme pour lui. La série a eu du succès dans le monde entier et il faut reconnaitre le mérite de Shonda Rhimes qui a créé de super séries avec des personnages vraiment emblématiques, différents, des femmes fortes. C’est super. C’est la puissance du monde de Shonda.
Actuellement, il est en couverture du magazine People avec la citation “Je devais changer ma vie”. En général il n’y a pas qu’une chose qui amène ce genre de constatation. Patrick répond que c’était simplement le moment de le faire. Le moment était venu d’aller de l’avant. Bien sûr, il y avait l’attrait de l’argent et de la sécurité de l’emploi mais parfois, d’un point de vue créatif et émotionnel, on a besoin de passer à autre chose. C’est ce qui est arrivé. Peter Travers lui demande si son mariage a aussi joué un rôle dans sa décision. Oui, il n’était jamais chez lui et en plus, il faisait des courses automobiles, donc il était tout le temps parti. Mais surtout, il voulait être plus créatif. Il voulait se mettre en difficulté, se diversifier, et il était frustré de ne pas pouvoir le faire. Alors il était temps de faire autre chose.
Est-ce qu’il se sent mieux maintenant ? Oui parce qu’il a le temps de ressentir les choses, de penser et de réfléchir plus aux choix qu’il fait. Avant, il était sur un tapis de course essayant de rester dessus. C’est comme courir un marathon, on essaie simplement de passer la ligne d’arrivée. Dire cela, ce n’est en rien manquer de respect à la chance qu’il a eue. Mais parfois, les gens n’arrivent pas à comprendre qu’on a besoin de changer et de passer à autre chose.
Est-ce qu’il est critique et dur envers lui-même ? Quand il a vu Bridget Jones’s Baby, est-ce qu’il y a eu des moments, ne fut-ce que quelques secondes, où il s’est dit, "ça, c’est proche de ce que je veux accomplir ?" Oui, dans les scènes avec Renee et Colin, par exemple dans la scène du pont où la comédie était basée beaucoup sur les attitudes physiques et le timing. Il y avait une part d’improvisation et ils ont pu aller là où ils voulaient.
C’est presque la fin de l’émission. Patrick tient à dire à Peter Travers qu’il admire sa façon de critiquer les films, de façon informative et constructive. Travers répond que c’est ce qu’il veut faire mais qu’à la base – c’est un peu ce que Patrick a dit des courses automobiles - il faut ressentir des émotions. S’il n’y en a pas, on ne peut pas la transformer. Au cinéma, on refait souvent les mêmes films parce qu’ils ont du succès. Quand c’est différent, on ressent le même genre d’exubérance que Patrick ressent quand il est derrière le volant ou devant la caméra et qu’il fait les choses comme il a envie de les faire. Patrick pense que cela peut s’appliquer aussi aux acteurs qui acceptent tout ce qui se présente, parce qu’il faut bien payer les factures. Ils peuvent faire des remarques, ça tombe dans l’oreille d’un sourd. Et au bout du compte, ils se font critiquer sur leur travail par des gens comme Travers. Mais c’est trop tard pour revenir en arrière et recommencer.
Travers annonce alors à Patrick que selon la tradition de l’émission, l’invité doit terminer en chanson. Patrick est à la fois surpris et embarrassé. Travers lui fait remarquer qu’il sait danser, jongler, il doit savoir chanter. Patrick affirme le contraire, il n’a pas la moindre aptitude au chant. Mais il veut bien suivre son hôte si celui-ci commence. Travers lui suggère de chanter Can’t Buy me Love (des Beatles) titre du film qui l’a lancé. Patrick prétend ne pas s’en souvenir. Il avoue se sentir en totale insécurité. Travers insiste, peut-il chanter Happy Together, le titre d’un autre de ses films, avec Brad Pitt avant qu’il ne soit une star. Patrick rit nerveusement. Travers lui demande s’il veut partir en laissant le public penser qu’il y a quelque chose qu’il n’est pas capable de faire. Patrick réplique que ce n’est pas un problème puisqu’il n’est pas parfait. Travers abandonne la partie car il ne veut pas torturer son invité. Patrick promet que la prochaine fois qu’il viendra dans l’émission, il sera préparé et qu’il chantera quelque chose.