EG: Ce soir, nous allons voir Patrick en tant qu’enfant dans une salle de classe, nous allons parler de sa famille et de la façon dont il gère l'éducation de ses enfants et j'espère que vous tous, enseignants, éducateurs, parents et étudiants, vous repartirez avec beaucoup d'espoir. Beaucoup d'entre vous le connaissent sous le nom de Dr McDreamy. Patrick, bienvenue.
PD: Eh bien, merci beaucoup. Je suis très heureux, très honoré d'être ici. C'est une sacrée présentation, donc j'espère que je serai à la hauteur. C'est super de vous revoir, ça fait bien trop longtemps.
EG: Oui, ça fait bien trop longtemps. Pour ceux qui ne sont pas au courant de notre relation, Patrick joue mon mari dans le film Freedom Writers et c'est à la fois merveilleux et bizarre, car quand je voyage dans le monde, tout le monde pense que je suis mariée à Patrick Dempsey, alors c'est une bénédiction et une malédiction, Patrick.
PD: (Rires) Désolé.
EG: Ce que j'aimerais faire ce soir, c'est examiner votre carrière et la façon dont elle a vraiment contribué à faire connaitre notre histoire, notre mission et notre mandat. Ce que vous ne réalisez probablement pas, c'est que la liberté que vous avez offerte aux Freedom Writers, c’est l’opportunité d'être des conteurs, pas seulement dans le livre, ni dans le film, mais dans les salles de classe du monde entier. Donc ce soir, nous allons voir comment vous nous avez aidés et comment nous allons faire avancer les choses pour aider les autres. Et donc, nous allons célébrer votre histoire tout en célébrant la nôtre. Je vous remercie donc de nous donner cette occasion.
PD: Merci, j'ai hâte. Quelle belle façon d'apprendre !
EG: Donc pour vous, les professeurs, ce que je veux dire avant tout, c'est que vous allez être ravis d’apprendre que Patrick est très ponctuel. Il a déclaré que c'est peut-être dû à toutes les courses automobiles qu'il a faites en Allemagne et en Suisse parce qu'ils sont très ponctuels là-bas, mais Patrick était tellement à l'heure ce soir que la professeure qui est en moi était ravie, alors commençons par là. Qu’est-ce qui vous a appris à être aussi ponctuel ?
PD: Eh bien, certainement, le théâtre. Il faut être à l'heure, il faut être en avance. Il y a aussi le fait que j’ai travaillé en Allemagne avec Porsche, et en Suisse. Être en avance, c'est une preuve de respect. Vous devez être là à l'heure prévue. C'est votre travail et vous devez être là tôt et tout faire pour ça. Surtout quand vous voyagez. Je veux dire, c'est un peu plus facile en ce moment en Californie. Il y a moins de trafic sur les routes. Mais vous devez prendre le trafic en considération à chaque fois, pour être sûr d'être là à temps. Je trouve que c'est une marque de respect.
EG: Pouvez-vous dire aux enseignants comment vous étiez à cinq ans et comment ça se passait à l’école, pour un élève qui avait des difficultés et qui ne savait pas pourquoi il en avait ?
PD: Oui, je me souviens du premier moment où j'ai réalisé que j’avais des difficultés. Je ne sais pas en quelle année j’étais. J’étais très jeune. C’était un exercice, le professeur avait donné une grande feuille de papier jaune qui était pliée. La récréation venait de se terminer, alors je suis entré en classe. Ça me demandait beaucoup d'énergie pour pouvoir me concentrer, mais j'étais assis au fond de la classe, je ne pouvais pas voir le tableau et je n’arrivais pas à tenir en place. Il s'agissait simplement d'écrire ce qui était écrit au tableau, sur la feuille de papier. Et ça a été très difficile pour moi de suivre. Et avec le temps, j’ai eu peur d’être en retard sur les autres. J'ai commencé à regarder autour de moi, j'ai perdu ma concentration et j’ai senti que j’étais en retard sur les autres élèves. C'est un moment qui a été déterminant pour moi, à partir duquel aller à l'école a été une expérience douloureuse. Je me suis senti mal dans ma peau. J'ai eu l'impression de ne pas être aussi bon que les autres, parce que je n'étais pas capable de rester en place et d’écrire au bon moment. J'ai eu du mal avec ça. J'aurais probablement pu faire cet exercice si j'avais eu un papier devant moi et si j’avais pu suivre les mots avec mes doigts. Ce n'est que bien des années plus tard que j’ai appris que j’étais dyslexique et, à cette époque-là, c’était beaucoup plus difficile de trouver les outils, les compétences et des enseignants disponibles pour comprendre ce dont j'avais besoin.
EG: Est-ce que vous avez été confronté au harcèlement de la part d'autres enfants qui pensaient être plus intelligents ou plus sages que vous, et comment est-ce que ça s’est passé, d’un point de vue social et scolaire, quand vous vous êtes senti différent et à la traine ?
PD: Je voulais attirer l'attention. On ne faisait pas attention à moi, alors je me comportais de manière inappropriée et j'étais constamment envoyé dans le bureau du principal parce que j’avais perturbé la classe. Et pour moi, c'était vraiment frustrant et c'était une façon d'éviter le vrai problème. J’avais vraiment tellement de mal pour trouver les mots, pour les identifier, pour les lire, que je me sentais mal et que j'essayais de faire tout ce que je pouvais pour détourner l’attention. Bien sûr, c’est devenu un problème de comportement qui m'a conduit dans le bureau du principal, et alors, ça a déclenché un effet de balancier qui m'a fait passer dans les classes d’élèves à risque, puis dans les classes d’enseignement adapté. Et alors, j’ai été catalogué, donc ça s'est progressivement aggravé. Une fois que vous avez une étiquette, elle vous colle. Elle devient votre identité et il faut des années de travail pour la détacher. Il faut faire très attention à ça, encore plus avec les jeunes enfants
EG: Pensez-vous que le fait de jongler - je sais que vous étiez un expert en la matière – a été votre salut, que vous pensiez : "j'ai besoin d'une sorte d'hommage ou d'attention, donc je vais jongler et détourner l’attention pour qu'on ne me demande pas de lire" ? Pensez-vous que c'était peut-être une sorte de self-défense que vous avez créée ?
PD: Certainement. Pour moi, le sport était un moyen de m'exprimer, de libérer mes émotions et mes sentiments et ça m'a permis de me sentir bien. J'avais un sentiment d'accomplissement. Les athlètes et, je pense, beaucoup de gens ont des difficultés à l’école. Ils peuvent être très doués dans les domaines physiques et certaines personnes ne le sont pas et ils ont la force d'être universitaire ou quelque chose comme ça ou vice versa.
EG: Quel effet cela vous a fait d’entendre le mot dyslexie ? Avez-vous eu l'impression que c'était une révélation ou est-ce que ça a été quelque chose de honteux ?
PD: Non, je n’ai compris que bien des années plus tard. Je me suis plutôt dit, j'ai toujours du mal avec l'école, maintenant j’ai une étiquette mais je ne me sens pas différent et je ne vois pas de changements autres que quelques exemptions de cours. Mais à cette époque-là, on n'abordait pas vraiment la dyslexie comme on le fait maintenant. Il n’y avait pas les mêmes compétences. On ne comprenait pas la dyslexie. Savoir que j’étais dyslexique m’a un peu aidé, mais ce n'était qu'une étiquette de plus.
EG: L'ironie, c’est que vous avez choisi une profession qui repose sur les mots et un scénario. J'imagine que souffrant de dyslexie, vous avez dû trouver un moyen de prendre ces mots dans le scénario et de les faire vivre à votre manière. Comment y êtes-vous parvenu ?
PD: C'est dur, c'est effrayant et vous devez affronter votre peur. Que faites-vous en tant qu'acteur ? On lit, on doit lire un scénario, avec d’autres acteurs, donc au quotidien, je suis constamment confronté à mes lacunes. Et vous devez mettre votre ego de côté parce que si vous n'avez pas une certaine humilité, ça vous mangera tout cru et ça vous détruira. Et vous devez vous en sortir. Je me suis dit, je vais trouver une technique pour réussir. C'est douloureux, c'est ce que j'ai choisi comme profession, cela fait partie de mon expérience pour surmonter ce problème et je pense qu'il y aura une véritable libération si je prends un stylo et un papier et que j'écris une histoire. Je pense que je vais percer parce que je vais le faire d'une manière qui ne sera pas conforme aux règles, parce que je ne peux pas fonctionner selon ces règles. Je vais m’exprimer physiquement et visuellement. Et par le biais de la télévision, j’ai pu faire ça, mais je n'ai jamais joué Shakespeare, surmonter le langage et en comprendre les nuances et le rythme. Je n'ai jamais été capable de faire ça. C'est un de mes plus grands regrets. Il y a donc certaines choses que je n'ai pas pu faire à cause de la dyslexie et je n'ai tout simplement pas eu la force de surmonter mes problèmes et de travailler assez dur pour le faire. Et c'est un grand défi parce qu’il faut lire à haute voix. Les lectures de scénario sont vraiment... quand vous faites une lecture, vous recevez un nouveau script et tout le monde veut être là et vous voulez lire pour que le scénariste puisse entendre. Mais quand vous dites les mots, ça peut marcher ou pas, et parfois, pour moi, c’est trop de mots. J'ai beaucoup de mal avec ça et je veux simplifier. Parfois, ça se passe très bien parce que vous dites aux scénaristes, vous dites la même chose cinq fois, vous ne pouvez pas condenser ? Faites-le comme un haiku (petit poème extrêmement bref visant à dire l’essentiel). Et j'ai eu des moments terribles où je n'ai pas pu faire ça. Je n’étais pas capable de me souvenir de certaines choses parce qu'elles ne me touchaient pas émotionnellement. Le texte était plein de mots, pour le simple plaisir d'écrire, et ça sonnait vraiment bien pour le scénariste dans la pièce. Mais quand vous essayez de jouer la scène, ça devient un obstacle.
EG: Que pouvez-vous dire aux élèves qui ont des difficultés, pour qu’ils surmontent celles-ci ?
PD: Je pense qu'il faut vraiment trouver quelle est sa passion, ce qu’on aime vraiment faire, et se concentrer là-dessus. Et apprendre des choses à ce sujet, parce qu'alors, on aura vraiment envie de le faire. On aura une motivation. Quel est votre but, quel est votre objectif dans ce domaine et ensuite, essayez de poursuivre cet objectif. En fait, ce qui est merveilleux maintenant, c'est qu’on dispose d'une technologie qu’on n’avait pas auparavant. On a la commande vocale, donc on peut mettre ses pensées sur papier. La tenue d'un journal est vraiment importante. Regardez Marc Aurèle et ses méditations. Une chose sur laquelle j'aimerais revenir, et je trouve ça vraiment important, c'est écrire le matin. Le matin, vous vous levez et vous écrivez ce que vous ressentez. Ou vous le dictez simplement sur une cassette. C'est une occasion de mettre vos pensées et vos sentiments sur papier. Et ensuite, vous pouvez les regarder et cela vous permet de libérer ces choses et ces sentiments, pour ne pas garder vos émotions. Vous ne voulez pas nécessairement l'envoyer à une personne. Vous le faites juste pour vous-même. Mais faites ça au matin et faites une évaluation le soir si vous le pouvez, c'est un excellent début. Et vous devez comprendre que chaque personne est unique et qu'il y a de l'or en vous. Le problème avec Instagram, les réseaux sociaux et tout le reste, c'est que vous mettez en place un monde qui n'est pas nécessairement accessible à tout le monde et ça ne devrait pas être le cas. Et vous ne voyez qu'une moitié de l'histoire ; vous ne voyez pas la réalité ; vous voyez ce que ces gens veulent vous présenter. Alors, ne vous comparez pas à eux. Je dis autant à moi-même qu'à vous qu’il ne faut pas se comparer aux autres. Vous ne pouvez pas vous comparer à une autre personne sur ce qui est négatif ; c'est généralement quelque chose que vous sentez en vous, auquel que vous ne voulez pas faire face et que vous imputez à l’autre. Alors, demandez-vous d'abord ce qui vous dérange en vous ou quelle est la grande qualité que vous voulez avoir, afin de pouvoir la développer. Et souvenez-vous que vous êtes spécial pour ce que vous êtes et qu'il vous faudra du temps pour trouver l'or qui est en vous, pour le récolter, le faire ressortir et le polir. C'est ça, le but de la vie, se perfectionner avec le temps
EG: Je voudrais vous demander, en tant que parent, qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez commencé à sentir que l'un de vos fils pouvait avoir les mêmes difficultés que vous, qu’il avait peut-être du mal à lire et qu'il n'avait pas découvert l'art de jongler comme vous.
PD: Au début, j’ai simplement été paralysé par l'anxiété, la peur. J'étais submergé par la pensée de ce que j'avais vécu et se dire qu'ils devraient vivre la même chose, ça a été vraiment bouleversant au début. Ça a été vraiment difficile de faire quoi que ce soit avec mes enfants à l'école, au début. Je n'étais pas vraiment conscient de mon blocage jusqu'à ce que cela commence à se manifester. En fait, c’est ma fille qui a été diagnostiquée dyslexique la première. On a fait face à la situation. C'était quelque chose qui m’avait toujours inquiété. Dieu merci, la mère de ma femme est enseignante, donc elle a pu voir ce problème très tôt et nous avons consulté un spécialiste. Je pense que c'est la première étape, quand vous voyez un élève qui a des difficultés dans votre classe, si vous avez les connaissances et l'éducation pour pouvoir faire une évaluation, alors vous devriez la faire. Si ce n’est pas le cas, prenez sur vous et faites tout pour que cet étudiant passe des tests. Il faut en parler avec les parents et parfois, ils sont trop occupés. Parfois, ils sont dyslexiques aussi et ne le savent pas, ou ben ils ont leurs propres problèmes et ils ne peuvent rien faire. Et c'est très difficile pour eux. Il faut trouver le bon spécialiste pour leur faire passer des tests afin d'identifier le problème. On peut alors mettre en place un programme pour les aider à apprendre. Et c'est justement le problème avec nos systèmes. Il n'y a qu'une seule boîte pour tout et ce n'est pas ainsi qu’on apprend. On doit examiner la manière dont on éduque les enfants et si on est dans le système scolaire public, ça doit être incroyablement difficile. Si vous y êtes, c’est remarquable. N'abandonnez pas. Je sais que vous devez surmonter beaucoup de choses pour entrer en classe et ensuite essayer d'attirer l'attention des élèves. Et si vous pouvez les rencontrer et comprendre ce qu'ils vivent individuellement, alors vous pouvez leur apporter ce dont ils ont besoin et cela fait partie de l'enseignement. C'est du temps investi dans vos élèves sur le plan émotionnel et c'est épuisant. Vous allez devoir prendre du temps pour vous-même pour récupérer et recharger les accus.
EG: Je veux emmener notre public dans une classe de lycée avec le Patrick Dempsey d’avant le gel pour les cheveux, avant que vous ne pilotiez ces magnifiques Porsche et Ferrari. Je veux que vous nous dépeignez Patrick Dempsey le jongleur et l'élève qui ne se sentait pas aussi sûr de lui que vous l'êtes maintenant, et qui n'avait pas réalisé que vous aviez une histoire à partager comme vous le faites maintenant. Qui était Patrick Dempsey au lycée ?
PD: J'attendais toujours que la puberté arrive. (rires). Tout est arrivé très tard dans ma vie. Et puis, après avoir terminé le lycée, mon éducation a commencé de bien des façons.
EG: Comment était la chevelure de Patrick Dempsey au lycée ?
PD: Abondante, très abondante, sans aucun produit. C'est ce qui était assez drôle. Mais j'ai excellé dans le sport, c'est là que je pouvais atteindre les gens. Mais j’avais toujours des difficultés parce que j'étais toujours au bord de l'échec et je n'étais pas dans l'équipe ni dans certains cours auxquels on ne peut pas participer si on n’a pas les points. C'était très frustrant pour moi. Et puis à ce stade, il y avait vraiment une sorte de dissimulation et j'essayais de faire semblant de savoir des choses que j’ignorais ou de lire des choses que je ne connaissais pas. C'était vraiment très dur et puis, vous commencez à jouer la comédie à cause de ça. Et puis aussi, vous déclarez forfait et vous commencez à faire d'autres choses. Et à ce moment-là, il y a eu un cours de travail manuel. Je suivais ce cours... et je dis à mes enfants : si vous obtenez un diplôme, génial, mais ayez aussi une solution de secours, vous avez les deux. Vous avez quelque chose sur lequel vous pouvez compter et que vous pouvez faire avec vos mains, donc ils peuvent toujours travailler. Quoi que ce soit, ayez une solution de secours, ma femme en avait une, et c'est important. Il est important de faire ça en plus d'avoir un diplôme. J’ai toujours eu des difficultés à l'école.
EG: Je suis triste que personne ne vous ait pris la main et ne vous ai dit, on va t'emmener jusqu'à la ligne d'arrivée. Et donc je comprends que vous n’avez pas été diplômé avec vos camarades.
PD: Il y a toute une histoire à ce sujet. Ce qui s'est passé, c’est qu’à l'école… ce qui est bien dans ces cours de travail manuel, qui n’existent plus, je pense, c’est que j'ai eu des professeurs spéciaux, des cas particuliers. C’étaient des rebelles. C'était dans les années ‘70 dans le Maine. Mon professeur avait la barbe, il était connecté à la terre et il jouait du dulcimer (instrument à cordes, mi-mandoline, mi-harpe) pendant le cours d’atelier. On fabriquait tous des dulcimers, qui sont ces petits instruments à cordes qu'on met sur la table. Et le courant électrique a été coupé parce qu’il y avait une tempête et on n’a pu rien faire. M. McKinney s'est donc mis à jongler et j'ai été époustouflé. Il m'a appris à jongler et j'ai appris comme ça (il claque des doigts). A ce moment-là, ma vie a changé et elle n'a plus jamais été la même. J’étais issu d'une petite communauté rurale qui était en pleine transition. C'était une ville ouvrière. Il n'y avait pas beaucoup de travail. Il y avait beaucoup de choses qui avaient existé mais qui n’existaient plus. Donc il y avait le fantôme de tout ça. C'est une énergie, c'est une sorte d'environnement dans lequel vous grandissez. Et soudain, je suis devenu spécial parce que je pouvais jongler et j'apprenais des trucs. C'est comme ça que ça a changé.
EG: Vous jonglez dans beaucoup de rôles. Je me souviens que vous avez jonglé dans Enchanted et je vous ai vu jongler dans Grey’s Anatomy. Alors, est-ce que vous faites ça naturellement dans votre rôle ou est-ce que cela se passe juste sur le plateau ?
PD: Je crois qu’en général, les réalisateurs adorent ça et ils trouvent ça intéressant et différent. Je dois dire qu'il y a des jongleurs incroyables en ce moment, partout dans le monde. Et si vous suivez l'IGA, l'Association Internationale des Jongleurs, je vois des gens qui jonglent dans la rue partout dans le monde. Et quand je suis en voyage, comme au Brésil où on s’est arrêté à un feu de circulation, une femme a commencé à jongler d’une façon incroyable. Et je me suis dit, c'est un numéro étonnant pour un jongleur. Cette femme a tellement de technique. C'est comme ça qu'elle gagne sa vie et ça aurait pu être moi, j'aurais pu faire ça. J'aurais pu être cette personne qui jongle dans la rue, comme je l’ai fait, c'est comme ça que j'ai gagné de l'argent pendant de nombreuses années.
EG: Vous êtes clairement un apprenant kinesthésique, vous devez toucher et sentir. Et vous êtes un orateur. Je sais qu'avec vos courses automobiles, vous regardez sous le capot, donc vous bricolez. Et c'est ce que font beaucoup d'enfants qui ont des difficultés d'apprentissage. Donc, je me demande si jongler a été une manière pour vous de faire partie de quelque chose, mais aussi de vous mettre en valeur, dans le genre, regardez-moi, j'ai ce super don, j'ai cette super compétence.
PD: Oui, vous voulez être reconnu à cet âge-là. Et je vois, avec mes garçons maintenant, à 13, 14, 15 ans, il s'agit de maîtrise, d'avoir sa propre identité, et de savoir qui on est, ce qu’on est, qui on peut devenir. Et pour moi, cela a vraiment commencé quand j'ai fait des compétitions de ski. J'en ai fait beaucoup. J'ai eu beaucoup de succès dans l'État du Maine, j'ai gagné le championnat. Aujourd'hui, par exemple, si je veux apprendre quelque chose, je vais à la source, je regarde, je ressens, je sens les odeurs et ensuite, c’est dans mes muscles, puis dans mes cellules. C'est comme ça que j'apprends. Et le problème, c'est que le système scolaire n'est pas conçu de cette façon. Si vous voulez enfoncer un clou à coups de poing, ça ne fonctionne pas. Mais ça doit aussi se faire au niveau du gouvernement. La science est une bonne chose. Ce n'est pas une mauvaise chose. On devrait l'écouter. Il y a la science qui consiste à diagnostiquer la façon dont les gens apprennent et c'est ainsi qu’on devrait les classer pour composer les classes. C'est se dire, d'accord, ils apprennent comme ça, alors faisons comme ça, concentrons-nous sur cette technique d'apprentissage et ensuite ce groupe fonctionnera de cette façon et alors ça permettra de responsabiliser les gens et de rencontrer leurs besoins.
EG: Je pense que beaucoup de vos fans se souviennent probablement du Patrick à l’époque du lycée, sur une tondeuse à gazon.
PD: J'étais Ronald Miller, le geek, et j’étais comme ça la plupart du temps.
EG: Je sais que vous n’étiez plus au lycée quand vous avez obtenu ce rôle vraiment emblématique qui vous a révélé. Quel effet cela fait de quitter une petite ville du Maine, en utilisant vos compétences, et puis soudain vous êtes dans un film. Comment ça se passe, pour un enfant d'une petite ville, de se retrouver à Hollywood ?
PD: C'était vraiment bouleversant. Il m'a fallu beaucoup de temps pour comprendre comment m’y faire. Vous venez d'une petite ville, où il y a certaines valeurs que vous ne trouvez pas nécessairement dans une grande ville comme Hollywood. La mentalité est différente, les choses se passent très rapidement, et c'est impitoyable. Et c'est très grisant une fois que vous commencez à avoir du succès. Donc, vous passez de Ronald Miller, vous passez de geek à chic, et c'est difficile à digérer. C'est difficile de croire en soi et si vous avez un peu un sentiment d’insécurité. Les gens commencent à vous regarder et vous vous dites : "Eh bien, qui est-ce qu'ils regardent ?" Ce n'est clairement pas moi, ce n’est pas ce que je suis, je suis toujours l'enfant qui était en enseignement adapté, et maintenant on me dit autre chose. C’est très difficile de comprendre et d’accepter ça.
EG: Ça doit être étrange pour vous et probablement que ce que vous voyez dans le miroir n'est pas ce que nous voyons quand nous vous regardons à l'écran.
PD: C’est ça et on een a un exemple avec Derek Shepherd, qui est McDreamy. Donc, McDreamy est en quelque sorte une version de l’homme idéal et on vous demande de mettre toute votre énergie là-dedans. Je suis un être humain. Je ne suis pas parfait, je suis profondément imparfait comme tout le monde. Nous sommes ici parce que nous ne sommes pas parfaits. Nous sommes ici pour nous parfaire. Donc, quand vous avez quelque chose comme ça, vous le faites pour les gens et vous devez être à la hauteur. C'est très difficile. Vous devez trouver un moyen de le réaliser. Vous n'êtes pas cette personne et vous devez vous désengager, mais pourtant, quand vous sortez, vous voulez rencontrer ça. Vous voulez être capable de vivre pour ça. Cette idée, c'est ce à quoi vous aspirez, donc je veux travailler pour être une meilleure personne chaque jour. Suis-je une meilleure personne qu'hier ? Suis-je meilleur ce soir que ce matin ? J'espère que la réponse est oui. Mais c'est toujours très difficile parce que c'est une projection. Vous tombez dans un archétype et ensuite, vous vous demandez aussi si vous êtes digne de cette attention et cette question peut soit vraiment vous calmer, soit vous faire flipper. Vous ne vous sentirez peut-être pas digne et vous ferez des choses pour vous saboter vous-même.
EG : Ce que j'aime à propos de vous, c'est que le garçon qui n'a pas reçu son diplôme avec ses camarades, a été le Dr McDreamy et les gens de l’Université Bowdoin, où le Dr McDreamy aurait prétendument obtenu son diplôme, vous ont donné le premier de vos deux doctorats honorifiques. Vous en avez donc deux, un de Bowdoin et un de Bates. Alors, quel effet cela vous fait d’être maintenant docteur honoris causa, d’avoir pu obtenir ces diplômes à l'université et de les montrer à vos enfants ?
PD: C'est une chose extraordinaire, dans deux universités incroyables et complètement différentes dans leur identité et dans ce qu'elles représentent. Et vraiment, Bates était l'école où je n'ai jamais été quand j’étais jeune. C'était quelque chose qui m'était inaccessible. Certains jeunes allaient faire leur dernière année à Bates ou au Bowdoin College. Et ça n’a jamais été quelque chose qui m'a attiré. C'était un endroit où je n’aurais jamais été capable d’aller. Quand j'ai obtenu les doctorats dans ces deux universités, je me suis dit que j’aurais aimé comprendre que j'aurais pu le faire. Donc, tous ceux qui se voient comme moi, quand j’étais plus jeune, vous pouvez le faire. Vous allez devoir travailler dur mais si vous voulez le faire, vous pourrez.
PD: Tout d'abord, c'est sympa d'être confiné avec la famille et de ne pas courir partout. Alors la promotion 2020, je leur dis de tout cœur, vous avez tous vécu tellement de choses depuis le tout début de votre scolarité jusqu'à aujourd'hui. Il s'est passé tellement de choses dans le monde, à commencer par le 11 septembre, toutes les fusillades dans les lycées. J’ai posé la question à ma fille, de quoi te souviens-tu, et elle m’a répondu, les fusillades dans les lycées et les écoles. C'est donc une génération qui a vraiment dû faire face à la violence de ces événements, ainsi qu'à l'environnement et à la situation dans laquelle on se retrouve. Ils n'ont pas pu faire la fête, ils n'ont pas eu les rites de fin d’études, et je pense que ces rites sont vraiment importants. Vous pensez peut-être que le bal de fin d'année n'est pas une chose importante, mais ça l'est. C'est un moment de rassemblement, un moment de communion avec vos pairs, où vous faites la fête, où vous vous tenez les uns les autres et où vous dansez. C'est une belle chose et ça a été perdu. C’est un moment dans le temps qui n'arrive qu'une seule fois. Et je suis de tout cœur avec ma fille. Le fait de ne pas avoir eu de remise de diplôme, toutes ces choses, les choses sociales qui se passent en dernière année, c'était vraiment, vraiment dur pour elle. Et même maintenant qu'elle entre en première année à l'université, elle ne vit pas cette expérience. Elle le fait en confinement. Elle est isolée et cela me préoccupe vraiment. Je pense qu’il faut travailler sur son bien-être mental, et on n’enseigne pas ça à l'école, et on devrait le faire. Comment contrôler son esprit ? Qu'est-ce qu’on fait avec nos enfants, comment les éduquer, que faire pour leur donner les outils. Dieu merci, tout était organisé pour qu'ils puissent suivre les cours virtuellement. J'ai eu des professeurs de math, des tuteurs et d'autres choses de ce genre parce que moi, je n’étais pas capable de leur donner des cours. Alors, j’ai voulu trouver un spécialiste pour les aider, peu importe ce dont ils ont besoin et je leur demande : de quoi avez-vous besoin pour que je vous aide. Je ne suis pas dans votre tête. De quoi avez-vous besoin ? Que puis-je faire pour vous ? Et puis cet été, il s'agissait vraiment de savoir quelle liberté leur laisser ? Combien de temps peuvent-ils sortir avec leurs copains ? Et moi, j’ai lu des livres sur cassette, je ne sais pas bien lire, alors j’écoute les livres et il y en a un que j'ai vraiment aimé, sur Marc Aurèle. L'année dernière, j’ai travaillé à Rome pour une série intitulée Devils et qui sort dans quelques semaines. J'étais à Rome. Quelle opportunité pour moi d'apprendre ! J'ai eu un professeur, un historien de l'art qui m'a fait visiter Rome avec ma fille.
EG: Je me demande, en tant que parent qui est resté à la maison avec vos enfants, est-ce que ça a été intéressant pour vous de retourner à l'école ?
PD: Non, ça a été horrible. Ça a été douloureux à revivre. Ça n’a pas été d'amusant et je ne voudrais pas être jeune à nouveau. Je suis très heureux d'avoir l'âge que j'ai, c'est certain. Mais j'aime être père et apprendre comment admettre que je ne sais pas, et puis trouver quelqu'un qui sait et c’est bien. Ça fait partie du rôle de parent. Vous n'avez pas besoin d'avoir toutes les réponses, mais vous pouvez aller voir les gens, vous pouvez former une équipe autour de vous. La seule chose que j'ai apprise en faisant des compétitions automobiles et du sport, c'est qu'il faut avoir une équipe, créer une équipe et c’est la même chose pour l'éducation de vos enfants et pour vous améliorer. Il faut avoir une équipe pour obtenir ce que vous voulez. Et on a vraiment écouter nos enfants d’un point de vue émotionnel. De quoi ont-ils besoin ?
EG: Ce que je trouve très intéressant chez vous et que j'applaudis, c'est que vous avez une grande humilité et je pense que lorsque vous avez cette humilité, cette capacité à être humble et à en être conscient, vous pouvez changer très rapidement, ce que vous faites manifestement, et vous pouvez le montrer à vos enfants. Je pense que ce qui a été difficile pour de nombreux enfants dans ce genre d'apprentissage virtuel, c'était l'isolement et ensuite tout ce qui va avec, comme la dépression. J'ai réalisé à quel point c’est important d'être léger et je pense que, dans vos rôles, vous êtes toujours léger. Vous sentez-vous attiré par ce genre de rôles où vous pouvez être léger et conscient de vous-même, quand vous êtes l'archétype de la positivité et de l’évolution ?
PD: Je pense que c’est important d'être positif, mais c'est aussi important... Écoutez, j'ai mes doutes, avec des moments noirs et des moments difficiles où on se dit, pourquoi suis-je ici ? La vie, c’est le changement et la façon dont vous pouvez vous y adapter. En général, c'est au moment où vous vous sentez à l'aise et où vous pensez que vous avez tout ce qu'il faut que vous changez à nouveau, et c'est normal. Faites du changement un ami. C’est comme ça que vous évoluez. Et j'ai conscience de moi parce que j'ai été mis au tapis et j'ai été forcé d'avoir conscience de moi à cause des erreurs que j'ai commises. Je suis sur cette planète depuis une cinquantaine d'années maintenant, donc j'ai fait beaucoup d'erreurs. J'ai une certaine expérience de la vie et il y a beaucoup de choses que je veux apprendre et que je dois continuer d’apprendre. Si vous êtes mis à terre, vous en tirez des leçons, soit de la manière forte, soit de la manière douce.
EG: Il y a une chose que vous avez mentionnée plus tôt, quand on a parlé du fait que vous aviez appris qu’il fallait être un bon partenaire, et dans le film Freedom Writers... Je vais dans des centres pour jeunes chaque année à Noël et je dois vous dire que ces jeunes n'aiment pas le personnage que vous avez joué dans le film. Ils me demandent toujours si cette partie est réelle et si mon mari est vraiment parti. Tout à coup, vous devenez l'archétype de la personne qui ne m’a pas soutenue mais vous, vous soutenez énormément votre épouse. Que pouvez-vous nous dire sur ce que vous avez appris concernant les concessions et le soutien, parce que dans le film, je crois que votre réplique, c’était "je ne peux pas être ta femme" et on entend des murmures quand vous dites ça. Mais vous êtes le partenaire de votre femme et son égal, alors comment avez-vous appris ça ?
PD: On a vécu beaucoup de choses. On est marié depuis plus de 20 ans maintenant. On a eu nos bons et nos mauvais moments. Quand on entame une relation, on porte toutes les choses dont on vient de parler, la honte de son éducation, son intelligence. On a sa dynamique familiale et votre partenaire l'a aussi, Et parfois, il y a des choses sous-jacentes. Si vous ne travaillez pas avec un thérapeute, vous ne vous impliquez pas là-dedans, c'est comme pour tout. Vous devez travailler là-dessus et faire appel aux spécialistes. Travaillez sur les problèmes psychologiques. Et dans les relations de couple, si vous n’y faites pas face, vous allez répéter les erreurs, donc vous devez aller bien. Est-ce que je vais rester là-dedans ? Est-ce que je vais me battre ? Est-ce que je vais m’impliquer quand il le faut ? Et quand vous prononcez des vœux de mariage, vous devez le faire. Nous nous sommes séparés brièvement mais nous avons réalisé que nous allions travailler sur nos problèmes. Je pense qu'en tant que partenaire, on ne va pas être d'accord sur tout et on ne va pas vouloir les mêmes choses mais c'est bien. Ce concept de "heureux à tout jamais" ne fonctionne pas de cette façon. Vous pouvez être heureux mais cela demande du travail. C'est vous qui devez vous en occuper. Vous devez permettre à votre partenaire de faire ce dont il a besoin pour sa propre évolution personnelle, séparément de moi, séparément des enfants. Quel est votre désir en tant qu’individu ? Il faut trouver un moyen de soutenir ça et pouvoir communiquer, ensuite on a une relation qui commence à s'épanouir, mais c'est difficile. Mais comme vous, vous aviez une vocation plus forte et vous ne le saviez peut-être pas, mais vous êtes poussé parce que vous avez quelque chose à dire et à faire. Et parfois, votre partenaire vous manque parce que cet amour va ailleurs. Cet amour ne revient pas vers vous et vous devez vraiment faire un travail sur vous-même pour vous aimer. Vous devez être capable de prendre soin de vous et vous devez contrôler votre esprit, vos pensées et vos sentiments, et vous devez donner un espace à votre partenaire pour qu'il puisse partir et faire ses propres trucs.
EG: Quand j'ai pensé à vous ce soir, j'ai pensé à un des cadeaux les plus étonnants que vous avez offerts, c'est ce que vous avez apporté à votre communauté, le Dempsey Center qui est spécialisé dans la sensibilisation au cancer et en l'honneur de votre mère. Vous avez donc été le Dr McDreamy, vous avez des doctorats honorifiques mais vous croyez en la philanthropie, alors pouvez-vous nous dire pourquoi c’était si important pour vous d'honorer votre mère ? Je sais qu'elle était secrétaire dans une école. Et je sais que chaque année, en octobre, vous faites une énorme fête qui devra probablement être virtuelle cette année.
PD: Absolument. Ma mère s’est battue très longtemps contre un cancer des ovaires, avec 12 rechutes. C'était il y a plus de 15 ans et nous l'avons perdue il y a quelques années. Grey's Anatomy commençait à avoir du succès et les gens me demandaient quelle œuvre caritative je soutenais, et on ne m'avait jamais posé cette question avant. À l'époque, je travaillais avec le Tour de California de Amgen, un événement cycliste soutenu par l'initiative Breakaway from Cancer. Ils faisaient de la prévention et de la médecine intégrative. Et je me suis dit, c'est ce dont on a besoin dans ma communauté et on peut faire de vrais changements. Oui, on peut, il suffit de regarder autour de soi. Et vous pouvez faire une différence dans votre communauté. Vous n'avez pas à vous soucier de conquérir le monde, faites simplement quelque chose qui correspond aux besoins de votre communauté, comment l'aider et répondre à ses besoins. C'est ainsi qu'est née la question de savoir ce que nous pouvions faire pour aider ma mère dans son parcours et la soutenir sur le plan psycho-social, ce qui est vraiment nécessaire. Le travail qui est fait au centre et dans d'autres centres qui partagent les mêmes idées dans tout le pays, c’est que la médecine intégrative doit aller de pair avec la médecine dès qu'un cancer est diagnostiqué. On devrait travailler sur l'approche de la pleine conscience de la maladie parce qu'elle est implacable et qu'elle touche tout le monde. Le cancer a un impact si profond sur la famille que nous soutenons le soignant, la famille et les enfants. Il existe différents groupes. On travaille sur la nutrition, sur l'aspect physique par le biais du yoga et de la méditation, puis on organise des groupes de soutien. Et puis, on se demande, quels que soient les autres besoins de la personne, que peut-on faire pour améliorer sa vie ? Vous posez la question et vous ne savez jamais ce que vous allez recevoir comme réponse. Ce que j'ai appris, c'est que le sens de la vie réside dans le travail philanthropique et l'empathie. Peu importe l’argent que vous gagnez, vous devez toujours vous regarder dans le miroir et vous êtes toujours cette personne qui est dans l’enseignement adapté. Vous pouvez peut-être vous en sortir pendant un certain temps, mais vous allez vous heurter à un mur à un moment donné, vous allez y revenir, mais lorsque vous commencez à faire quelque chose pour les autres et que vous ressentez ce que cela signifie, c'est ça, la vie.