La mère de Patrick a toujours été une femme forte et active. C’est pour cela que cela a été très difficile de la voir affaiblie par la maladie. Lorsque le diagnostic a été posé, les choses ont été facilitées parce que Mary, la sœur de Patrick, était infirmière et qu’elle avait accès aux informations mais Patrick a réalisé que ce n’était pas le cas pour tout le monde. Sa mère est tombée malade au moment où le phénomène Grey’s Anatomy explosait. Patrick s’est retrouvé énormément sollicité par la presse et dans chaque interview, on lui demandait quelle cause il soutenait, une question qu’on ne lui avait jamais posée avant. La maladie de sa mère, son expérience avec le milieu médical et sa collaboration avec l’association Brakaway From Cancer l’ont amené tout naturellement à décider de créer le Dempsey Center.
En 2014, sa mère a appris qu’elle devait subir une nouvelle opération mais les médecins s’étaient montrés très pessimistes quant à ses chances d’y survivre. De ce fait, Patrick et sa mère ont eu une longue conversation à cœur ouvert où ils ont pu se dire tout ce qu’ils ressentaient. Cela a permis à Patrick de mieux accepter la disparition de sa mère, au contraire de ses sœurs qui ont toujours beaucoup de mal à se faire à cette absence.
Patrick a perdu son père – qui était beaucoup plus âgé que son épouse – quand il avait 17 ans et qu’il venait de quitter le Maine pour tenter sa chance à New York. Aujourd’hui, il regrette énormément de ne pas avoir plus de temps avec son père. Il y a beaucoup de choses dont il aurait aimé parler avec lui. Cela influence beaucoup sa façon d’être avec ses enfants. Il fait en sorte que le temps qu’ils passent ensemble soit significatif.
Le décès de sa mère a tout changé pour lui, profondément. Il a revu ses priorités, notamment concernant sa carrière d’acteur. Sa mère était bcp plus fan de lui en tant que pilote qu’acteur. Elle n’a jamais aimé Grey’s Anatomy parce que c’était une série médicale et qu’elle la trouvait trop trash. Elle préférait le théâtre et elle aurait aimé que son fils reste à New York pour s’y consacrer. Elle était plus fière de ses courses automobiles que de tout ce qu’il a fait en tant qu’acteur.
Toute la famille a toujours été passionnée de sports moteurs et de ski. C’était d’ailleurs la carrière à laquelle Patrick se destinait quand il était enfant. Faire du cinéma a été une erreur de parcours. Tout a commencé avec un documentaire sur le champion de ski Ingmar Stenmark dans lequel on le voyait faire du monocycle pour améliorer son sens de l’équilibre. Patrick, qui apprenait à jongler, a décidé de faire la même chose. Il a travaillé jusqu’à ce qu’il ait assez d’argent pour se payer un monocycle. Il s’est entrainé jusqu’à bien se débrouiller et c’est ce qui l’a fait remarquer par une troupe de théâtre itinérante qu’il a suivie jusque New York.
Concernant le personnage de Derek Shepherd : "Avec une série comme Grey's Anatomy et un personnage comme McDreamy, c'est un archétype que les gens projettent sur vous, ce n'est pas vous. Vous tombez dans un archétype que les gens veulent croire réel et qui ensuite, devient de la mythologie. Et vous, en fin de compte, vous devez vous en séparer et ne pas croire que c'est ce que vous êtes. C'est une partie de toi, quelque chose qui vous inspire. Vous voulez devenir quelqu’un de meilleur et tout ça, mais ce n'est pas ce que vous êtes en fin de compte." Quant à la ferveur qui est née autour du personnage, "Avec le recul, ça a été génial. C'est sans aucun doute la plus grande leçon de ma vie et ça m'a donné l'occasion de faire ce que j'avais envie de. L'altruisme, le fait de rendre service à la communauté et de faire quelque chose non pas pour soi-même, mais pour son prochain, homme ou femme, c'est ça, la vie. C'est la vraie satisfaction. Tout le reste n'est qu'une distraction."
En 2014, le décès de sa mère a modifié la façon dont il voyait les choses. Cela a entrainé des bouleversements au sein de sa famille et c’est d’une certaine façon ce qui l’a amené à vouloir quitter Grey’s parce qu’il a réalisé qu’il n’était plus satisfait par son travail d’un point de vue artistique. De plus, il faisait des courses automobiles avec Porsche et il a compris qu’il devait se concentrer sur ça s’il voulait atteindre son but qui était de monter sur le podium au Mans. Il voulait aussi se recentrer sur sa famille. Et il a réussi. Mais s’est alors posée la question de qui il était. Il avait arrêté les compétitions, il n’était plus dans Grey’s. Il lui a fallu un certain temps pour se faire à cette idée et s’adapter à sa nouvelle vie. Par chance, il avait déjà connu des hauts et des bas dans sa carrière et le fait d’être moins présent dans les médias n’a pas été un choc. Il savait qu’il devait réfléchir et prendre du temps pour trouver ce qu’il allait faire par après. Et ça a été la production, avec le documentaire sur Hurley Haywood et le film The Art of Racing in the rain. Il se consacre aussi au Dempsey Center et à sa famille. Et bien entendu, il s’interroge sur ce qui sera la prochaine étape.
Concernant ses enfants, il leur a inculqué l’esprit de compétition tout en leur expliquant qu’il fallait accepter le fait d’échouer parce qu’on ne peut pas gagner tout le temps. Il leur apprend à accepter la défaite avec grâce et à s’améliorer. Il leur laisse de l’espace pour apprendre des choses et il est là pour les accompagner dans cet apprentissage. Sur ses trois enfants, un seul (Sullivan) veut devenir acteur. Cette idée n’enthousiasme manifestement pas Patrick mais si c’est ce que son fils veut vraiment, si c’est sa passion, s’il comprend qu’il va devoir être discipliné et avoir une approche professionnelle, il le soutiendra. Toutefois, on n’en est pas encore là car son fils est encore très jeune. C’est une profession difficile que Patrick ne recommande pas mais si c’est ce qu’on veut faire, il faut le faire de la bonne manière. Il ne faut pas attendre près de son téléphone. Il faut anticiper les choses en lisant des livres, en écrivant des scénarios, en produisant ses films. Il faut également être très fort pour pouvoir encaisser les échecs qui seront nombreux. Ce n’est pas pour rien qu’il y a beaucoup de troubles mentaux dans la profession, car c’est très dur de garder confiance en soi compte tenu du fait qu’on dépend toujours de l’approbation des autres. Sans parler du fait que tout se passe sous l’œil du public.
Patrick a évoqué ensuite son travail au sein du Dempsey Center et son ambition d’étendre ce genre de services à l’ensemble du pays.
La fin de la conversation concerne l’art de la méditation que Patrick pratique depuis une trentaine d’années. Il s’est même rendu en Inde pour perfectionner sa technique. La méditation lui a enseigné certaines des leçons les plus précieuses de la vie, comme la façon de vivre l'instant présent.
"Vous ne devez pas vous soucier de ce que les autres pensent et de ce que vous pensez. Ce qui est la chose la plus difficile à retenir. Parce que si vous vous souciez de votre apparence ou de la façon dont vous vous présentez, vous ne serez jamais satisfait. Peu importe ce qu'on vous dira à la fin de la journée, vous resterez vide. Faire les choses, c’est ça, la vraie joie, pas le résultat final. Ce n'est pas la chose la plus satisfaisante."
La méditation a eu un rôle important dans la compétition automobile. "Il faut apprendre à être privé dans une arène publique. Et l’accepter. Il y avait toujours des fans de la série à ses courses, et il se faisait un devoir de faire en sorte d’avoir des contacts avec tous ceux qui venaient vers lui.
"Chaque fois que j’ai ignoré quelqu'un, ça m’est resté à l’’esprit et je me sentais mal parce que je sais que ce n'est pas de cette façon que je veux être traité. Méditer m’a aidé à être dans le moment présent et à me préparer à l'aspect psychologique de la course ainsi qu'à la conscience de la situation." Il fait un parallèle avec le métier d’acteur : "Être à l'écoute" des gens dans ces moments-là est semblable à quand on est devant une caméra".